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Le Château de Carron

- Le Château de Carron est partiellement protégé au titre des Monuments Historiques depuis janvier 1989, et sa salle à manger a été inscrite sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques à la même date.
Cette demeure est la propriété de la famille Decouz depuis le 23 septembre 1808.

- Peu de temps après son mariage avec Louise Michel, veuve Grand-Thorane, Pierre Decouz, alors colonel du 21e régiment d’infanterie de ligne de la Grande Armée napoléonienne et récemment nommé baron de l’Empire, fait l’acquisition par l’intermédiaire de son beau-frère Dufourd, notaire à Rumilly, d’une “campagne” située à Francin.

- Le domaine de Francin était un ancien rendez-vous de chasse construit en 1768 par le baron Joseph Rambert de Châtillon, président du Sénat de Savoie, et décoré, en 1790, par son fils Hyacinthe, officier au régiment Piémont Royal Cavalerie. Ce dernier créa aussi, à la même date, un jardin anglais en prolongement du jardin potager existant déjà. Lamartine composera l’une de ses méditations : “La Retraite” pour Hyacinthe Rambert de Châtillon.

- En mai 1790, des émigrés français, fuyant la Révolution, et appartenant à la maison du comte d’Artois, frère de Louis XVI, trouvèrent refuge à “Carron”. D’où ils furent invités à partir par « 18 ou 20 particuliers ayant à leur tête les nommés Savoyon, Latourmente, Labouret et Folanet […] »
En effet, l’afflux de réfugiés entraîna un manque de provisions en tout genre sur le marché de Montmélian et créa un début de disette, ce qui provoqua le mécontentement des populations locales.

- A l’époque de son acquisition par la famille Decouz, la maison de maître n’a plus été habitée depuis une quinzaine d’années et ne se trouve pas dans un très bon état. Voici la description qu’en fait le beau-frère de Pierre Decouz, les 10 et 19 août 1808 :
« J’ai trouvé une maison de maître assez jolie et bien distribuée, bien décorée, sans être pour autant du goût moderne parce que son établissement date d’environ 1790, outre que n’ayant plus été habitée depuis 1792, sauf quelques fois par des soldats […] La situation de Francin m’a beaucoup plu […] C’était une miniature il y 17 ans, époque à laquelle elle a été mise en bon état et bien décorée […] »
« … Les principales pièces du premier étage sont parquetées, les chauffes-panses sont en marbre avec glaces et trumeaux. Tout est plafonné, boisé. Il y a crédence , armoire, placard en abondance, tout bien établi […] Ce ne sera pas […] le diable de changer quelques-unes des tapisseries en papier pour les avoir à la moderne. Celle du salon dans le rez-de-chaussée m’a paru encore superbe, il y aussi une fort belle cave […] ».
Le raffinement des décors intérieurs contraste d’ailleurs avec l’architecture très sobre de la maison.

- Mais le domaine de Francin ne se résume pas seulement à la maison de maître. Il s’agit aussi d’environ 52 hectares de terres et cultures : vergers, champs de maïs, de froment et autres cultures, blaches et surtout des vignes qui sont à l’époque la principale richesse locale.

- Les Decouz ont acheté ce domaine sans jamais l’avoir visité. Un agent se charge de l’entretien du château, de la gestion des terres et des revenus issus des récoltes.
Pierre Decouz, cantonné en Allemagne, au moment de l’achat, ne connaîtra son domaine qu’en mai 1810. Son épouse, qui y séjourne quelques jours par an, notamment au moment des vendanges, n’aime pas Francin.

- Pourtant c’est bien à Carron, qu’elle recevra Murat et son épouse Caroline Bonaparte pour un bref séjour. Ils se rendaient au mariage de Napoléon et Marie-Louise d’Autriche, célébré au palais du Louvre le 2 avril 1810.

- En 1811, le général Decouz songe à vendre son domaine. Mais, dans le même temps, il commande des plans à un architecte turinois, Trivelly, en vue de réparer les bâtiments et de réaménager le jardin anglais en parc romantique. Il finira par faire engager les travaux en 1813, comme l’indiquent deux lettres du général Decouz, envoyées de Dresde en août 1813 : « …l’essentiel à faire cette année est l’enclos […] ma femme désignera les arbres pour les bosquets à planter l’automne prochain. Je vous prie de recommander encore à Monsieur Trivelly de ma part de donner ses soins à ces travaux ».

- A sa mort, le 18 février 1814, Pierre Decouz aura passé très peu de temps dans sa « campagne ». En effet, très attaché à son devoir militaire, il participera à la plupart des campagnes napoléoniennes (Italie, Egypte, Allemagne, France) et se distinguera aux batailles d’Aboukir, Austerlitz et Wagram,… Général de division en 1813, il fut blessé à Brienne, le 29 janvier 1814, et mourut trois semaines plus tard à Paris, à l’âge de 39 ans. Son nom est inscrit sur l’Arc de Triomphe de l’Etoile et figure dans la Galerie des Batailles du Château de Versailles.
Son épouse et ses enfants, qui habitent Grenoble, séjourneront dans leur demeure savoyarde, quelques mois par an, surtout au printemps et à l’automne au moment des récoltes.

- A partir de 1821, Louise Decouz réside le plus souvent à Paris et partage son temps entre Francin et la capitale. Elle se réconcilie avec ce “Francin” qu’elle détestait tant. Voici ce qu’elle en dit, le 19 janvier 1833 : « Nous parlons souvent avec Joachim de nos petites parties de boston dans notre joli et bon salon de Francin et espérons qu’elles se renouvelleront au printemps ».

- En femme d’affaires avisée, elle gère ses domaines, dont celui de Francin, d’une main de maître. Lorsqu’elle confie l’administration du domaine savoyard à son fils Joachim, en 1833, elle continue à lui prodiguer ses conseils, comme en témoigne une lettre à son fils du 18 novembre 1837 : « Dans ce pays de Savoie […] tu devrais employer ce temps qui a toujours été beau […] à faire les plantations […] pendant l’hiver tant qu’il ne gèle pas. […] Lorsque je fis planter l’enclos, tout ce qui a été planté fin novembre, décembre et commencement janvier réussit et ce qui le fut au mois de février et mars a tout péri […] »

- Fils aîné de Pierre Decouz, Joachim est très attaché à cette maison. Il apprécie la vie de gentilhomme campagnard, résiste à l’attrait de la capitale et aux avantages d’une fonction. Il refusera même sa nomination comme syndic de Montmélian en 1845. Néanmoins, après le rattachement de la Savoie à la France, en 1860, Joachim Decouz sera le premier maire de Francin.

- Dans les années 1837-1838, il fait, comme son père avant lui, des travaux d’embellissement du parc et déplace, notamment, le jardin potager qui se trouvait devant le château (côté parc) pour créer une grande pelouse bordée de marronniers ainsi qu’une fontaine, une volière en brique et un bassin qui s’insère dans cette ensemble, typique de l’art paysager du XIXe siècle. L’aspect des lieux n’a pas changé depuis : le jardin potager est divisé en quatre parterres bordés de buis et de poiriers taillés en pyramide, la pelouse et les marronniers agrémentent toujours le parc.

- En 1912-1913, Léon Decouz, petit-fils du général, fait agrandir le corps du logis côté allée.

- Aujourd’hui des restaurations seraient à prévoir, notamment des façades, qui ont perdu leur aspect d’origine (couleur ocre) lors de l’agrandissement du corps central. C’est ainsi, par exemple, que le décor en trompe l’œil qui ornait la façade, côté parc, a disparu.

- Néanmoins, la décoration intérieure, exécutée en 1790 par des artistes italiens, venus d’une petite région aux confins du Piémont et de la Lombardie, n’a pas changé.

- La décoration, le parc, le jardin ainsi que l’allée de platanes constituent un ensemble homogène, représentatif de la période néo-classique, réalisé entre 1790 et 1838. Une demande d’extension de la protection au titre des Monuments Historiques, faite par M. Decouz, est en cours d’étude.

- Il est possible de visiter le château. Depuis 2005, celui-ci fait partie du circuit « Itinéraires Remarquables » créé par le Conseil Général de la Savoie en 2004. Vous avez certainement remarqué les différents panneaux de signalisation, correspondants à ce circuit, installés sur la départementale par la D.D.E.

- Le château est ouvert à la visite en juillet et août, tous les jours de 14h30 à 19h ; en juin et septembre, les samedis, dimanches et jours fériés de 14h30 à 19h ; et uniquement sur réservation pour les groupes de Pâques à la Toussaint.
Pour tout renseignement, contactez le propriétaire, M. Pierre Decouz, au 04 79 84 21 39.

Alors n’hésitez pas à venir découvrir cette demeure !

Je tiens à remercier M. et Mme Decouz pour le temps qu’ils ont consacré à m’aider à écrire cet article.

Et pour en savoir plus :
« Pierre Decouz par lui-même. Soldat de la Révolution et Général d’Empire » de Maurice Messiez, dans la collection Pays et gens de Savoie sous la Révolution, aux éditions Les Savoisiennes-Curandera, 1989.
« Guide Napoléon : 4000 lieux de mémoires pour revivre l’épopée » de Alain Chappet, Roger Martin et Alain Pigeard, dans la collection Bibliothèque Napoléonienne, aux éditions Taillandier, 2005.
« Carron, A Francin, une Harmonie Campagnarde », dans la collection Châteaux Passion, aux éditions Atlas, 2006.
« La cuisine des châteaux des Savoie » de Gilles et Bleuzen du Pontavice, aux éditions Ouest-France, 2002.
« Grand atlas des châteaux de France », aux édition Atlas, à paraître.